« Les aléas ne respectent pas et ne suivent pas les limites des communes »


Parlons Résilience est la nouvelle section de notre blog où l’on reçoit des invités pour parler (…bien sûr) de résilience. Aujourd’hui c’est Ignasi Fontanals (Directeur Europe de Rezilio Technologie) qui échange avec Hoilid Lamssalak (Dirigeant de RisCrises ) et Corentin Rodrigues ( Responsable du Bureau d’Études) sur leurs parcours, leurs visions et de la situation du secteur de la résilience en France.

(Une liberté d’adaptation a été prise pour rendre le texte cohérent, mais aucun propos n’a été modifié)

 

IGNASI.- Merci d’être avec nous aujourd’hui dans Parlons Résilience. Vous savez que parlons de résilience c’est une section du blog Rezilio Technologie avec laquelle on converse avec des gens autour du monde. Rezilio Technologie est une entreprise basée au Québec, mais également présente dans différentes provinces du Canada, en Europe et notamment en Espagne et en France. Nous sommes très contents de vous avoir avec nous aujourd’hui étant donné que vous êtes partenaire privilégié.

HOILID.- Bonjour Ignasi et bravo pour cette initiative, que l’on voir rarement dans ce domaine. C’est une belle démarche que de pouvoir parler résilience et nous sommes vraiment heureux de pouvoir participer à cet échange. Je suis Hoilid Lamssalak, dirigeant et fondateur de la société RisCrises, bureau d’études et organisme de formation, qui va bientôt fêter ses 7 ans.

IGNASI.- Je te laisse te présenter Corentin

CORENTIN.- Je rejoins Hoilid sur cette super idée de proposer un podcast Parlons Résilience. Je suis Corentin Rodrigues, responsable de la partie bureau d’études chez RisCrises. De fait, je m’occupe de superviser les équipes et les missions sur l’ensemble du territoire métropolitain et en Outre-mer, auprès de tous les clients publics ou privés.

IGNASI.- Merci Hoilid et Corentin, nous souhaitions vraiment discuter avec vous, car nous étions très étonnés de rencontrer une équipe aussi jeune et dynamique sur le marché français. Expliquez-nous un peu, comment vous avez créé RisCrises ?

HOILID.- RisCrises c’était pour moi l’occasion de mettre sous une seule structure, différentes approches du risque qui me plaisait. Initialement, j’ai eu un parcours universitaire multirisques considérant à la fois les risques professionnels, risques naturels et technologiques. Par la suite, j’ai eu bénéficié de plusieurs expériences auprès de grands groupes industriels comme Total et Schneider Electric. En parallèle de mon parcours universitaire et plus tard de mon activité professionnelle, cela fait 17 ans maintenant que je suis aussi sapeur-pompier volontaire. J’ai toujours eu cette approche multirisque avec une forte affinité pour la gestion de crise. Donc, il était important de centraliser tous ces aspects-là.

L’équipe est jeune et c’est important, car cela permet de fidéliser les recrutements, notamment des stagiaires et des alternants qui viennent chez RisCrises. Avoir une équipe jeune dans la thématique de la gestion des risques et de la gestion de crise cela permet aussi de faire évoluer les paradigmes. Une équipe jeune arrive plus facilement à se défaire des idées préconçues et à innover en gestion de crise. Il est vrai que nous avons dû chercher l’expérience quand il le fallait, mais aujourd’hui, avec 7 ans de société, nous avons développé notre propre expérience. Et puis, nous pouvons compter sur notre réseau de spécialistes au besoin.

IGNASI.- Donc quel est votre élément différenciateur ? Car c’est un marché compliqué et mature la gestion des risques…Cela ne doit pas être facile tout le temps.

HOILID.- Oui, ce marché est assez mature, mais nous avons apportons une approche multirisques qui sait se démarquer. Nous traitons les effets dominos, en cascades, grâce à cette approche globale de la gestion des risques. C’est d’ailleurs pour cela que sont présents chez nous des spécialistes sur les risques professionnels, technologiques et naturels. Avoir un aspect transversal dans la gestion de crise représente une véritable valeur ajoutée.

CORENTIN.- Pour compléter ce que vient de dire Hoilid, je dirai que nos retours d’expériences sur ce qui se fait, en termes de plan d’urgence notamment, dans la gestion des risques sont souvent marqués par manque d’opérationnalité. Nous avons souhaité apporter cette opérationnalité à tous nos livrables et nos rendus cartographiques afin de permettre à nos utilisateurs, qu’ils soient spécialistes ou non spécialistes de la gestion des risques et des crises, de les mobiliser au mieux lors d’une situation d’urgence. Apporter ce caractère très opérationnel à nos livrables, aux outils qu’on élabore, c’est aussi ça aussi qui nous différentie. Et cette opérationnalité, elle vient aussi du fait que nous prenons à cœur de répondre aux besoins du client, en allant plus loin que les obligations réglementaires existantes et coconstruisant quelque chose de cohérent et d’agréable à utiliser. C’est important, car cela permet de diminuer le caractère anxiogène de la gestion des risques, notamment durant les périodes de situation de stress.

IGNASI.- Parlons un peu de la France. Vous qui êtes en France, vous connaissez bien ce marché assez avancé dans ces domaines. On y entend souvent l’idée de la modernisation de la sécurité civile et de la nécessité d’une résilience intercommunale. Pour vous, quels sont les défis à relever en matière de gestion des risques et résilience? Avez-vous des propositions? Que pensez-vous de la notion de résilience intercommunale ? Quelles sont vos propositions de futur?

CORENTIN.- Si tu me le permets Hoilid, je peux commencer. Je n’aborderai qu’un seul point. J’ai beaucoup travaillé sur les plans communaux de sauvegarde et ces derniers sont aujourd’hui au cœur des solutions de la société. Dans le cadre de la modernisation de la sécurité civile, cette approche intercommunale est un élément qui ressort énormément aujourd’hui. Avec cette approche, la gouvernance et la gestion des risques s’étendent au-delà des limites individuelles. Les réflexions se portent alors sur les paramètres qui permettront de fédérer toutes ces communes autour d’un même objectif. À notre niveau, nous essayons d’impulser cette approche au gré de nos prestations. À travers tous nos échanges, nous voyons l’importance que représente la démarche pédagogique auprès des décideurs locaux, mais aussi la prise en compte des spécificités territoriales qui sont souvent très disparates entre les communes.

Il y a donc un travail important de concertation, de gouvernance dans la mise en place des organisations, des outils, etc. L’approche intercommunale intègre donc des communes dont les PCS sont très différents. Certains sont très synthétiques, d’autres prennent la forme de manuscrits de 200 pages, intègrent des cartes ou non. Leurs niveaux d’opérationnalité sont complètement différents. Pourtant ce critère est important en situation de crise. Il est essentiel de garantir la cohérence des supports utilisés si l’on souhaite fonctionner à l’échelle intercommunale.

Si je vous parle de tout cela, c’est par rapport à notre retour d’expérience sur les missions menées avec Bordeaux métropole. Nous étions missionnés afin d’harmoniser les supports existants de différentes communes d’un secteur donné dans le cadre une démarche intercommunale. Il s’agissait de proposer des supports et des organisations standardisés permettant aux de réagir de manière concertée en situation de crise. Le fait d’avoir des supports visuels communs permet d’optimiser leur échange en tant de crises. De fait, je pense que cette standardisation des supports est très importante.

Enfin pour terminer, il y a aussi des outils à disposition qui permettent, avec les apports de la technologie, de répondre aux nouveaux besoins et de faire évoluer la gestion des risques. Les solutions comme Rezilio permettent de dématérialiser les supports, faciliter leur mise à jour et leur utilisation. Elles permettent la création d’un front commun autour d’éléments de langage commun aboutissant in fine à une véritable gestion des risques commune.

HOILID.- Je vais rebondir sur ce que dit Corentin. Il a parlé de gouvernance et il faut savoir qu’en France l’échelon communal et un échelon très marqué et très présent dans la vie des gens. Il y a un aspect juridique et opérationnel qui est vraiment fort. On arrive de mieux en mieux à réfléchir à l’échelon intercommunal, surtout lorsqu’il s’agit de gestion de crise. Comme on le sait, les aléas ne respectent pas et ne suivent pas les limites des communes. Avoir une vision globale est donc important certes, mais l’approche pédagogique, par la sensibilisation et le développement de la culture du risque commune sont des éléments sur lesquelles il va falloir travailler. Un outil comme Rezilio va lier l’ensemble des communes limitrophes. Ce faisant, c’est un moyen pour nous de passer à travers certaines difficultés d’ordre politique par exemple, ou lié à des conflits de voisinage. Face à ce type de difficultés, un outil de ce type permet de fédérer les acteurs autour de la gestion de crise, de mobiliser des moyens et de pallier les faibles capacités de certaines communes.

« On se rend compte qu’il y a aussi des besoins qui concernent le grand public, pour des utilisateurs parfois spécialistes ou non de la gestion des risques et des crises. Alors, la réalisation de solution innovante par des gestionnaires pour des gestionnaires perd un peu de son sens. »

IGNASI.- Eh bien je vous remercie pour ces éléments de réflexion. Vous avez déjà très bien répondu aux questions que je souhaitai vous poser… vous avez parlé de cette approche intercommunale, qui est très intéressante. Je suppose aussi que cette approche prend un nouvel élan avec la survenue de la COVID19 ? Vous pensez que la COVID19 a permis aux organisations de prendre conscience de l’intérêt d’être bien préparées?

HOILID.-Indéniablement j’ai envie de répondre que oui… en particulier, car de nombreux aspects de la gestion de crise sont présents. La COVID19 à fait prendre conscience aux décideurs qu’une crise pouvait subvenir à une autre ampleur et qu’elle pouvait se cumuler à d’autres crises. Toutefois, il y aura toujours, je pense, des blocages culturels sur l’anticipation d’une crise majeure. De plus, cette pandémie est présente sur la durée. Cette temporalité a créé une sorte d’accoutumance et comme on peut le voir à l’échelle individuelle une certaine adaptation et moins de peur. Comme pour les autres risques, le fait d’y être confrontés régulièrement peut avoir comme effet pervers de diminuer les niveaux de vigilance et de sous-estimer sa préparation. Malgré tout, je pense que nous aurons de moins en moins de mal à faire intégrer une démarche de gestion des risques et de gestion de crise à la suite de cette pandémie, car elle a apporté de nombreux retours d’expérience.

IGNASI.- Pour terminer, dans toutes ces réflexions sur la gestion des crises vous nous avez parlé de l’utilisation d’outils comme Rezilio. Dites-moi un peu comment vous voyez l’innovation dans ce secteur ? Vous devez savoir qu’en Europe on parle beaucoup d’innover au moyen de grands fonds européens par exemple. Souvent cette innovation est amenée sur le marché par de nombreuses technologies. Pourtant une fois les produits créent, il est rare de les voir sur le marché et/ou bien ceux-ci ne sont pas utilisés par les clients finaux. Quelle est votre vision sur ce point ? De quel type d’innovation a besoin de notre secteur? Comment vous voyez cette idée d’innovation dont tous les gouvernements parlent? Dans notre secteur, y a-t-il vraiment de l’innovation? Est-ce que vraiment des aboutissants derrières ou alors faut-il encore creusé pour arriver à convaincre le marché ?

CORENTIN.- J’ai une petite idée sur ça…aujourd’hui comme tu le dis, il y a énormément d’innovation, d’évolutions technologiques, d’outils, de produits, de services qui émergent, mais, il y en a énormément qui sont faits un peu dans l’entre soit, par les gestionnaires de crise pour les gestionnaires de crise. Certaines marchent d’ailleurs très bien lorsque le besoin et les utilisateurs sont très ciblés. Mais lorsqu’on questionne l’innovation à une plus large échelle, on se rend compte qu’il y a aussi des besoins qui concernent le grand public, pour des utilisateurs parfois spécialistes ou non de la gestion des risques et des crises. Alors, la réalisation de solution innovante par des gestionnaires pour des gestionnaires perd un peu de son sens.                                                                                                                                                                               Je pense qu’il y a une obligation à ce que l’innovation puisse intégrer aussi une partie de vulgarisation, une partie expérience utilisateur, une partie valorisation des données, une partie accompagnement. Choses que l’on ne retrouve pas forcément aujourd’hui dans de nombreuses innovations. On se rend compte qu’il y a aussi beaucoup de savoir « perdu », dans le sens où pour accéder aux données mises en avant par ces innovations, il faut d’ores et déjà avoir des compétences que certains n’ont pas forcément. Je pense donc que l’innovation réside dans la capacité à ce que chacun puisse utiliser ces outils, ces services tout en étant guidé afin d’intégrer complètement cette notion d’utilisabilité dans la vie courante. Je pense que tant qu’on réalisera des outils de gestion de crise exclusivement utilisés en gestion crise on se sera un petit peu « loupé ». La fréquence des événements n’est pas toutes les mêmes et si ces solutions ne sont pas intégrées dans des habitudes continuelles on aura un risque de les voir sous-utilisées. C’est un peu ça le fruit de la réussite à mon avis.

« Je pense que tant qu’on réalisera des outils de gestion de crise exclusivement utilisés en gestion crise on se sera un petit peu « loupé ». La fréquence des événements n’est pas toutes les mêmes et si ces solutions ne sont pas intégrées dans des habitudes continuelles on aura un risque de les voir sous-utilisées. C’est un peu ça le fruit de la réussite »

IGNASI.- Eh bien c’est ce que nous essayons de faire ensemble avec vous et avec Rezilio. Je profite de cette intervention pour faire une petite minute de publicité sur les possibilités qu’offre le partenariat entre votre entreprise et Rezilio afin d’aboutir à ces objectifs d’innovation en apportant un outil fait selon les besoins des clients et selon les besoins du marché.

HOILID.- J’en suis persuadé Ignasi et ce qui est intéressant avec Rezilio c’est qu’il n’y a pas de limites géographiques. C’est un outil qui nous vient du Canada, où les personnes intégrées au projet viennent de différents endroits, notamment toi depuis l’Espagne, et pour lequel nous apportons notre vision du contexte français. Je pense que cet outil permettra en lui-même de fédérer différents points de vue et d’en valoriser le meilleur de chacun. Ce qui est rassurant pour nous c’est aussi que l’outil a été imaginé par des spécialistes de la gestion de crise. On passe ainsi à travers les difficultés que l’on a déjà vu sur d’autres innovations, réalisées surtout par des profils informaticiens qui même s’ils sont évidemment très compétents, manquent de cette petite touche pourtant primordiale, celle de l’expérience de gestion de crise.

IGNASI.-Et de la connaissance du secteur…merci pour cette intervention. Pour finir, quels sont vos projets d’entreprises? Comment vous voyez le futur? Je dirais qu’apparemment dans notre secteur d’activité ce futur sera bien rempli, car il reste beaucoup de travail à faire, mais aussi parce que les gens ont pris un peu plus conscience des risques et de la nécessité d’y être préparé. Pour votre entreprise, votre équipe, quels sont vos plans ? Expliqué nous.

HOILID.-Idéalement nous continuerons à développer l’approche multirisques car une crise a de multiples conséquences. Je parle des effets domino, mais aussi de l’importance de travailler sur l’anticipation de ces conséquences de manière à éviter la crise en amont. Il s’agit de se préparer à toute éventualité à partir des outils à disposition comme la formation, les moyens de sensibilisation afin d’augmenter la culture du risque et de la crise. À l’avenir, nous espérons donc pouvoir continuer à innover afin d’apporter aux clients la palette de solutions dont ils vont avoir besoin.

CORENTIN.- C’est ça, c’est vraiment se placer comme un interlocuteur unique grâce à notre équipe composée d’experts dans toutes les thématiques, tout en passant également par la formation. Une formation qui vise à tester la validité de nos documents de planification en amont d’une période de crise, pendant, mais aussi après lors des périodes de rétablissement. Nous profitons aussi d’un pôle cartographique proposant des solutions très avancées fondées sur des travaux de docteurs. Il est vrai que nous n’avons n’a pas parlé de notre pôle de R&D qui aujourd’hui nous permet de nous attaquer et nous intégrer de manière perpétuelle dans cette nouvelle normalité en s’appuyant sur les plus grandes avancées en matière de réflexion, d’outils et de méthodologies dans les domaines de la gestion des risques, de la cartographie, la communication et l’information préventive. Voilà, on essaye vraiment de prendre le meilleur de chaque secteur et d’en faire aujourd’hui une palette complète de solutions pour que chaque client puisse voir en RisCrises comme l’interlocuteur unique quand on parle de risques et des crises.

IGNASI.- Merci beaucoup à vous deux. J’espère en tout cas qu’un beau futur nous attend et que nous puissions travailler ensemble en France et pourquoi pas à l’international. Vous savez, nous sommes ouverts au monde et pour nous il n’y a plus de frontières, notamment comme la montré Hoilid avec son approche vraiment globale- globale. Merci beaucoup et bonne continuation

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